Monsieur Darcos, assumez vos choix éducatifs!
J'étais
loin de m'imaginer jusqu'à quel point le président de la République
souhaitait resserrer le gouvernement qu'allait lui proposer son Premier
ministre. En effet, il apparaît clairement que c'est avec vous,
monsieur le ministre du Budget qu'il faut parler d'éducation. Puisqu'il
en est ainsi et pour répondre à la campagne de communication (ou de
désinformation, comme vous voudrez) que mène le ministre de l'Education
nationale, mettons-nous le nez dans le terrain et parlons chiffres.
Le collège Rosa-Luxemburg à Aubervilliers, dans lequel j'enseigne,
perdra deux classes l'an prochain, une troisième et une cinquième, et
sept postes d'enseignants (sur 40). Cette année, les élèves de
troisième étaient vingt par classe, ce qui n'est pas un luxe dans un
établissement "ambition réussite" EP1. L'an prochain, vous pouvez être
budgetairement rassuré, ce ne sera plus le cas.
Une baisse démographique qui a bon dos
Par contre, sur les 116 élèves en sixième cette année, l'inspection
académique en prévoit 96 en cinquième l'an prochain. Il ne s'agit pas
d'une baisse démographique, puisque l'inspecteur d'académie nous a
répondu que la cinquième qui est supprimée serait "avec une quasi
certitude" rétablie après les conseils de classe de troisième
trimestre. Parfait, mais d'ici là, les heures ne sont pas comptées et
les postes fermés. Ne parlez donc pas de baisse démographique, mais
assumez vos choix éducatifs.
Dans un établissement difficile comme le nôtre, vous estimez plus
efficace, plus performant d'affaiblir l'encadrement des élèves en
obligeant des professeurs à enseigner sur plusieurs établissements, en
faisant appel à des vacataires présents quelques heures dans le collège
et en distribuant des heures supplémentaires à des professeurs qui ne
comptent pas leur temps. Au mois de juin, donc, la cinquième sera
recréée, mais avec des heures supplémentaires! Pour vous M. le
Ministre, une heure supplémentaire ou une heure de vacataire revient
moins cher qu'une heure faite par un enseignant en poste fixe à plein
temps. Mais, pour les élèves, c'est l'inverse! Beaucoup de collègues ne
veulent pas travailler plus, mais mieux!
Pour une poignée d'élèves de ZEP à Sciences Po
Depuis quelques semaines, un certain nombre de collègues vous
alertent en faisant grève ou en manifestant dans la rue. Qu'a-t-on
observé depuis dans notre collège? Des élèves démotivés, l'explosion
d'une bouteille devant une classe, un règlement de compte à coup de
hachoir de boucher, alors qu'aucun incident grave ne s'était produit
jusqu'ici!
Nos élèves sont plus fragiles, ils ont besoin d'être davantage
rassurés (par des adultes qu'ils connaissent, par des perspectives
d'avenir ouvertes…), de plus de temps pour étudier. La majorité d'entre
eux s'orientent vers un lycée professionnel après la troisième. En leur
proposant un baccalauréat professionnel en trois ans au lieu de quatre,
vous leur supprimez la possibilité de quitter le lycée au bout de deux
ans avec un diplôme (le BEP) s'ils n'arrivent pas jusqu'au baccalauréat
et vous découragerez ceux qui auraient besoin de plus de temps. Ce
n'est pas en amenant une poignée d'élèves de ZEP à Sciences Po que vous
allez offrir un avenir professionnel à tous, monsieur le ministre!
Voilà ce qui se cache derrière les chiffres, monsieur le ministre,
une réalité humaine qui ne rentre pas dans votre calculatrice!
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